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Portraits - FREINET Célestin

Freinet est né en 1896 dans le petit village de Gars (06). Il a fait ses études à Grasse (école primaire supérieure) et à l'école normale d'instituteurs de Nice.

Il devient instituteur peu après la Première Guerre mondiale, en 1920 et se lancera dans le renouveau pédagogique. Blessé à la poitrine lors de la guerre, aphone, il ne pouvait faire la classe de façon traditionnelle.
Divers voyages lui permettront d'admirer des méthodes inconnues en France. Il devient en particulier l'ami du pédagogue suisse et chrétien Adolphe Ferrière (qui, lui, était sourd).

Il s'en distingue cependant par son anticléricalisme et ses options libertaires. Cependant il avait visité en 1922 des écoles libertaires de Hambourg, et n'avait guère trouvé probante cette pédagogie, trop individualiste et trop peu organisée, formulant ainsi des reproches assez voisins de ceux du pédagogue américain John Dewey.

Sa pédagogie n'est pas en adéquation avec la conception républicaine de l'école, incarnée dans ses dialogues dans le personnage de « Monsieur Long », sorte de rationaliste et de moderniste ridicule. Elle insiste, comme celle de Dewey, sur le rôle du travail et de la coopération dans l'apprentissage et l'insertion de l'école dans la vie locale. Freinet théorise également le « tâtonnement pédagogique ». Il assimile l'autorité du maître à une violence. Quand le travail de l'écolier est correctement organisé, il passionne l'élève et il n'est plus besoin de discipline. Cette pédagogie est d'inspiration socialiste, mais aussi volontiers naturaliste et anti-intellectualiste (d'où le personnage, opposé à celui de Monsieur Long, du « Père Mathieu », berger de son état, qui représente la nature et le bon sens, l'équilibre avec le monde et ses « invariants »).

L'éducation traditionnelle exagère le rôle des connaissances et des performances intellectuelles. On peut la comparer à l'industrie, par opposition à la nature et à l'artisanat. L'enfant est une « plante », qu'il faut aider à se développer harmonieusement, en respectant certains « invariants » de la pédagogie. Freinet a critiqué également la pédagogie du jeu, comme d'ailleurs le philosophe Alain. C'est parce que l'enfant est dépouillé de responsabilités réelles que son activité se réfugie dans le jeu. Freinet distingue d'ailleurs le « jeu-haschich » du « jeu-travail », moins critiquable, et enfin du « travail-jeu », c'est-à-dire du travail non aliéné, en accord avec la spontanéité de l'enfant. Il faut rattacher cela à sa conception volontiers vitaliste de l'enfant, comme énergie ascendante de la vie.

Il crée en 1935 son école à Vence après avoir été déplacé d'office de Saint-Paul de Vence où il enseignait, suite à un conflit avec le maire et les notables, conflit qui prend rapidement l'ampleur d'une affaire nationale. À cette occasion, il a maille à partir avec le ministre de l'éducation nationale, Anatole de Monzie, l'auteur des instructions de 1925 sur l'enseignement de la philosophie.

Il mettra au point une pédagogie originale, basée sur l'expression libre des enfants : texte libre, dessin libre, correspondance interscolaire, imprimerie et journal scolaire, etc., à laquelle son nom restera attaché : la pédagogie Freinet qui se perpétue de nos jours. Cependant, il faut signaler que la pédagogie Freinet contemporaine est très influencée par le courant de la pédagogie institutionnelle, qui insiste sur le rôle de la parole et du débat, quand Célestin Freinet pensait avant tout en termes d'organisation du travail et de coopération. Dans certaines techniques Freinet, telles qu'elles sont aujourd'hui pratiquées, on ne retrouve pas la philosophie qui les a inspirées. En revanche, l'école Freinet de Vence s'efforce de préserver l'esprit et les techniques inventées par Freinet. Cette école est dirigée par Carmen Montès, qui fut choisie en 1975 par Élise Freinet. Élise Freinet fit venir en 1978 Brigitte Konecny, qui pratique la méthode naturelle de lecture au CP.

En France, on a parfois exagéré la nouveauté de son inspiration, par ignorance de l'histoire de la pédagogie, en particulier des apports de Dewey, ou de la pédagogie suisse. On sait que Freinet avait déjà lu certains textes de Dewey entre 1922 et 1925. On tend à accuser Freinet, à tort, de tous les errements de la pédagogie. Il diffuse sa première innovation, le texte libre imprimé par les enfants eux-mêmes, grâce aux conférences qu'il anime. C'est une sorte d'expression limite de la philosophie des Lumières, qui insiste sur l'autonomie au risque de sous-estimer l'importance de la culture et de l'enracinement historique (voir les critiques d'Hannah Arendt). En revanche, on peut créditer Freinet de préoccupations écologiques avant la lettre. D'ailleurs, Célestin et Élise Freinet ont conçu en 1934-1935 leur école comme une "réserve d'enfants" située dans un milieu paysage (lire à ce sujet la thèse de doctorat de Henri Go, Université de Rennes 2, 2005, Vers une nouvelle forme scolaire ? Une étude de l'école Freinet de Vence).

Œuvres

* Élise et Célestin Freinet, Correspondance, PUF, 2004. Édité par Madeleine Freinet.
* Œuvres pédagogiques, Seuil, 1994. Édition en deux tomes établie par Madeleine Freinet.
o Tome 1 : L’éducation du travail - Essai de psychologie sensible appliquée à l’éducation.
o Tome 2 : L’école moderne française - Les dits de Mathieu - Méthode naturelle de lecture – Les invariants pédagogiques - Méthode naturelle de dessin - Les genèses.


Date de création : 06/03/2007 * 21:04
Dernière modification : 06/03/2007 * 21:04
Catégorie : Portraits
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