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Psychologie - 0.2Homme Objet de Science ?

Constitution d'une science de l'homme

 

Sommaire

·Introduction : L'homme comme objet de science

·1 Qu'est-ce que l'homme ?

·2 Le modèle de la physique

·3 La spécificité des sciences de l'homme : expliquer et comprendre

·4 L'exemple de la sociologie

·Conclusion

Introduction : L'homme comme objet de science

Comment se définissent les sciences de l'homme ?

Il s'agit de l'ensemble des disciplines traitant, non pas de l'homme en tant qu'être vivant appartenant au règne animal, mais l'homme en tant qu'être de culture, en tant qu'être spécifique, on étudiera donc son comportement psychologique, son histoire, l'organisation des sociétés humaines.

Ex :

·La psychologie étudie le comportement individuel de l'homme

·Les sciences sociales (histoire, sociologie, économie, ethnologie,...) étudient les différents facteurs intervenant dans l'organisation et le fonctionnement des sociétés.

Les problèmes que posent les sciences de l'homme viennent de ce que leur objet l'homme est un être conscient en quête de sens et cherchant à construire son existence comme projet. Peut-on dans ces conditions le considérer comme un objet de science pouvant être étudié selon des méthodes comparables à celles employées dans les sciences de la nature ?

·Si oui : Qu'en est-il de la liberté humaine ?

·Si non : En quoi consiste la scientificité des sciences de l'homme et qu'est-ce qui fait leur spécificité ?

L'étude de l'exemple de la sociologie nous permettra de répondre à ces questions.

1 Qu'est-ce que l'homme ?

Contrairement à la physique qui se constitue comme science dès le XVII° siècle, les sciences de l'homme n'apparaissent que plus tardivement vers le début du XIX° siècle.

L'explication de ce constat vient de ce que l'homme n'a pas toujours été considéré de la même manière, la notion d'homme elle-même peut d'une certaine façon être considérée comme récente.

Avant le XIX° les philosophes s'interrogeaient sur la nature humaine (les rapports de l'âme et du corps, sa place dans la création divine), mais ne considéraient pas l'homme comme un objet de science dont on pourrait expliquer le comportement par l'observation et la mesure.

Ainsi la pensée sociale jusqu'au XIX° siècle sera plus normative qu'explicative. On essaiera plus de définir ce qui doit être (question de droit) que d'expliquer ce qui est (étude des faits).

Les sciences de l'homme n'apparaîtront donc qu'au XIX° siècle comme une sorte de prolongement et d'extension de la méthode scientifique ayant été couronnée de succès dans la physique et la biologie.

2 Le modèle de la physique

Tout d'abord les sciences de l'homme ont cherché à se constituer sur le modèle des sciences existantes et principalement de la physique dont l'efficacité de la méthode ne pouvait plus être mise en doute.

Elles voulurent donc se soumettre aux exigences d'objectivité des sciences de la nature, elles fondèrent donc leurs méthodes sur :

·l'observation

·la mesure

·l'expérimentation (lorsqu'elle est possible)

Ainsi par exemple Emile Durkheim, le fondateur de la sociologie moderne exprime son idéal scientifique dans la règle suivante :

« La première et la plus fondamentale est de considérer les faits sociaux comme des choses. »1

Par là, il ne veut pas dire qu'il s'agit de faits matériels au sens le plus primaire de ce terme, mais de faits pouvant être considérés de l'extérieur sous leurs aspects objectivement observables.

Ainsi ces faits pourront être mesurés afin de dégager des lois statistiques régissant les phénomènes humains. De ce point de vue Durkheim étudia statistiquement le suicide (il choisit ce sujet afin de montrer que tout acte humain, même lorsqu'il paraît ne relever que d'une décision individuelle comme le suicide, possède une dimension sociologique) en fonction de différents critères sociaux comme la religion, le célibat, etc.

Il découvrit ainsi que :

·les célibataires se suicident plus que les hommes mariés

·les protestants plus que les catholiques, les catholiques plus que les juifs

·il y a plus de suicide en temps de calme politique et de paix qu'en temps de crise et de guerre (ce qui va à l'encontre de ce que l'on pourrait penser a priori et qui justifie le recours à la méthode statistique).

Durkheim en conclut que le suicide varie en raison inverse du degré d'intégration de la société religieuse, de la société domestique, de la société politique  ; plus l'intégration sociale sociale est forte, moins le taux de suicide est élevé.

Ce souci de considérer les faits sociaux et plus généralement les faits humains comme des choses va conduire dans les années 1950 à la constitution du courant structuraliste qui voulu constituer en un savoir rigoureux tous les domaines de l'existence humaine. Le but était de rendre compte de tous les phénomènes humains (langue, société, inconscient) en terme de structure, c'est-à-dire comme des ensembles ou des totalités dont les éléments n'ont de sens que par rapport à une organisation générale, de ce point de vue l'homme n'a plus d'existence en soi, il n'est plus ce t être donateur de sens et maître de son existence, il n'est plus qu'un élément d'une structure, cette mort de l'homme est d'ailleurs revendiquée par le structuralisme :

« Nous croyons que le but dernier des sciences humaines n'est pas de constituer l'homme, mais de le dissoudre. »2

3 La spécificité des sciences de l'homme : expliquer et comprendre

Cependant on peut s'interroger sur le bien fondé d'une telle démarche étudiant l'homme en le plaçant sur le même plan que les autres réalités du monde.

En effet l'homme n'est peut-être pas un objet comme les autres dans la mesure où son comportement n'est pas seulement déterminé par des causes extérieures mais aussi par des motivations intérieures. C'est ce que feront remarquer des philosophes comme Dilthey3 puis ensuite Sartre.

Sartre (1905 - 1980) exprimera cela dans un ouvrage publié en 1960, la Critique de la raison dialectique dans laquelle il écrit :

« L'homme est pour lui-même et pour les autres un être signifiant, puisqu'on ne peut jamais comprendre le moindre de ses gestes sans dépasser le présent pur et l'expliquer par l'avenir...

Pour saisir le sens d'une conduite humaine, il faut disposer de ce que les psychiatre et les historiens allemands ont nommé ''compréhension''.4 »

Nous pouvons donc dire pour reprendre Dilthey que :

« Nous expliquons5 la nature, nous comprenons6 la vie psychique. »

Envisagée sous cet angle la scientificité des sciences de l'homme apparaît très problématique, il ne semble donc pas évident que celles-ci puissent totalement prendre comme modèle méthodologique les sciences de la nature.

4 L'exemple de la sociologie

comme nous l'avons déjà souligné, jusqu'au XIX° siècle il y avait peu de différence entre pensée sociale et pensée politique, société et État étaient assimilés et les philosophes se préoccupaient principalement, soit de justifier ou de critiquer l'ordre politique établi, soit de concevoir des formes idéales de société et d'institutions politiques ( La république de Platon, Du contrat social de Jean Jacques Rousseau).

Cette tendance sera d'ailleurs encore présente chez le fondateur de la sociologie Auguste Comte7 qui développera une théorie sociale qui aura pour but de justifier certaines positions politiques à partir de l'observation des faits passés.

4.0.0.1 La sociologie d'Auguste Comte

Bien que créateur du terme de sociologie, Auguste comte développe une pensée sociale qui demeure une philosophie politique et philosophie de l'histoire se fondant sur une certaine conception de l'homme et de son évolution et débouchant sur un projet politique.

Conformément aux principes du positivisme sa philosophie va se présenter comme une synthèse de toutes les sciences qui vont être classées selon un ordre de dépendance, chacune étant la condition de la suivante.

4.0.0.2 Hiérarchie des sciences selon Auguste comte

Maths - Astronomie - Physique - Chimie - Biologie - Sociologie ; cette dernière science couronne l'édifice et se fonde sur le modèle de la précédente : la biologie.

La société est comparée à un organisme et devra être appréhendée de deux manières différentes.

4.0.0.2.1 La statique sociale

qui étudie les conditions générales d'existence de toute société quelle qu'elle soit et les éléments ultimes de la société (dont l'individu ne fait pas partie puisqu'il n'existe que par la société) qui sont les classes sociales, la famille, la propriété, le travail, la religion.

4.0.0.2.2 La dynamique sociale

qui étudie l'évolution des sociétés au cours de l'histoire, toute société étant comparée à un être vivant, elle passe par des étapes identiques à celle de la vie : loi des trois états

·État théologique : Croyance en des Dieux représentant des forces naturelles - Domination des prêtres et de militaires.

·État métaphysique : Explication de la nature à partir de notions plus abstraites - Règne de la philosophie et du droit.

·État positif : Règne de la science et de la technique - la société devra être dirigée par les savants et les industriels.

Cette sociologie a pour but de contribuer à l'avènement d'un nouvel ordre social (l'état positif) mettant fin aux désordres engendrés par les différents régimes se succédant depuis la révolution française de 1789. Elle se présente donc plutôt comme une philosophie de l'histoire se fondant sur une idéologie conservatrice débouchant sur une morale et une religion, la religion de l'humanité qui doit servir de ciment unissant tous les hommes de la nouvelle société.

Le projet scientifique est donc discutable car cette sociologie est plus une politique qu'une science véritable.

C'est Durkheim9 qui va réellement faire accéder la sociologie au statut de science en lui appliquant le modèle scientifique.

Cependant cette tendance objective et explicative sera remise en question par une sociologie plus compréhensive qui tentera de dépasser les méthodes principalement quantitatives (utilisation des statistiques, formulation de lois établissant des rapports constants entre les faits) par une recherche de la signification des faits sociaux dont les composants sont interprétés comme des signes.

Ainsi par exemple le sociologue Jean Baudrillard étudie dans les années 1970 la société de consommation en considérant les objets de consommation comme des signes par lesquels les individus expriment leur position sociale.

Conclusion

Ces deux méthodes, l'une positiviste et explicative, l'autre plus qualitative ne doivent pas être considérées comme incompatibles, elles se complètent mutuellement, c'est d'ailleurs ainsi que la plupart des sociologues travaillent aujourd'hui. Il convient cependant de préciser qu'elles contiennent chacune une position philosophique sur l'homme, la première étant plus déterministe que l'autre qui laisse une plus grande marge à l'autonomie de l'individu et à la liberté.

E. Durkheim, Les règles de la méthode sociologique.

C. Levi-Strauss, la pensée sauvage.

Wilhelm Dilthey (1833 - 1911) : philosophe allemand affirmant l'indépendance des sciences de l'esprit (ou science de l'homme) par rapport aux sciences de la nature. Il y a lieu de distinguer ces deux types de science car en vertu de leur objet particulier les sciences de l'homme relève d'un autre type de démarche fondé non sur la vérification expérimentale mais sur l'interprétation des intentions humaines.

Jean Paul Sartre, Question de méthode, in Critique de la raison dialectique, N.R.F., 1960.


Date de création : 20/01/2005 * 19:49
Dernière modification : 25/01/2005 * 18:29
Catégorie : Psychologie
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Réactions à cet article


Réaction n°1 

par pb le 04/06/2006 * 17:31